Masterclass avec l'aventurier Matthieu Tordeur

Masterclass avec l'aventurier Matthieu Tordeur

La Team Charlie Paris est ravie d’avoir accueilli dans ses nouveaux locaux, l’aventurier Matthieu Tordeur, pour une interview. La dernière fois que nous avons échangé avec lui c’était il y a presque 2 ans, à son retour d’Antarctique, après une expédition en solitaire qui aura duré 51 jours. Depuis, Matthieu a vécu d’autres aventures, il a notamment gravi le Mont Blanc et a même sorti un film et écrit un livre qui retracent son expérience au Pôle Sud. Cette interview était donc l’occasion de prendre de ces nouvelles et de revenir avec lui sur cette expérience et sur toutes les autres belles aventures qu’il a pu vivre à travers les différents continents.

  • Chez Charlie, on te connait bien, mais pour ceux qui te découvrent aujourd’hui, est-ce que tu peux commencer par te présenter ? 

J’ai différentes activités mais on peut dire que je suis un aventurier car je fais des expéditions aux quatre coins du monde et je les partage sous la forme de livre, de film et de conférence. Depuis 10 ans je fais des expéditions en vélo, en kayak, en ski, en stop, à pied et la dernière était polaire puisque je suis parti traverser en ski polka une partie de l’Antarctique.  

  • Qu’est ce qui t’a donné envie de devenir Aventurier ? 

Quand j’ai grandi mes lectures de Tintin et celles des autres explorateurs m’ont donné envie de vivre mes propres aventures. Mais je crois que ça s’est un peu imposé à moi. J’ai d’abord suivi un parcours étudiant classique mais j’utilisé mes étés pour vivre des aventures. Au début elles étaient modestes, je prenais un vélo pour traverser un pays ou un continent, descendre un fleuve en kayak par exemple. Puis ça s’est professionnalisé au fur et à mesure du temps et quand j’ai vu le retour que je pouvais avoir sur ces aventures-là, j’ai commencé à écrire, faire des photos, je me suis professionnalisé et c’est là que je me suis rendu compte que je voulais en faire mon métier. Mais encore une fois, il n’existe pas d’études pour devenir aventurier ou explorateur c’est quelque chose qui se construit.

  • Comment définirais-tu un aventurier aujourd’hui au 21eme siècle ? J’imagine que cela a beaucoup changé par rapport au siècle précédent non ?
Oui, l’aventurier aujourd’hui a beaucoup changé. Avant on faisait de l’exploration pour aller défricher une terre inconnue, ou être le premier à ouvrir un passage maritime, il y avait de vrais enjeux. Aujourd’hui l’exploration a changé d’échelle. Au 21ème siècle, l’exploration géographique au sens premier du terme se situe peut-être encore dans l’espace ou les fonds marins mais au-delà de tout ça on a tout cartographié. L’aventure aujourd’hui elle se situe plus dans l’univers macro, c’est-à-dire le spatial ou les fonds marins ou au niveau micro. Pour moi, l’exploration elle est très liée à l’univers de la science et tout ce qui a à faire pour lutter contre le dérèglement climatique ou la place qu’occupe l’humain dans la nature. L’aventure elle se situe au niveau de la science et de notre adaptation à tous les dérèglements et changements que l’on va connaître aujourd’hui, pour moi c’est ça être aventurier au 21ème siècle.
  • D’après toi, quelles sont les qualités, les traits de caractères nécessaires pour devenir aventurier ?

Il faut faire preuve d’adaptation, mais je pense que c’est vraiment l’esprit de curiosité qui unit toutes les personnes qui font de l’aventure. Il faut rester humble face aux limites qu’on peut avoir, ou que le terrain, la géographie nous imposent et faire preuve d’adaptation pour pouvoir avancer et ne pas se mettre en danger.

  • Tu as commencé très jeune à partir à l’aventure seul, à 18 ans. Comment tes proches ont-ils réagi ?

Ma première aventure c’était juste après mon bac, j’avais tout juste 18 ans et je suis parti traverser une partie de l’Europe à vélo. Mes parents comprennent cet attrait pour le voyage car ce sont eux-mêmes des voyageurs. Après ils comprenaient un peu moins cette idée de partir tout seul et ils étaient un peu moins favorables à ça. Mais ils m’ont quand même encouragé dans cette direction, et j’ai eu la chance que psychologiquement ils me soutiennent dans toutes mes expéditions et aventures. Ils ont été derrière moi et cela m’a beaucoup aidé psychologiquement.

  • Il y a peut-être des gens, jeunes et moins jeunes, qui nous regardent et qui ont le désir de se lancer dans une première expédition...Quels conseils peux tu leur donner ?

Je pense qu’il ne faut pas s’autocensurer et avoir la frustration de se dire qu’on ne pourra pas faire l’expédition d’un autre aventurier. Le conseil que je pourrais donner c’est d’y aller tout simplement et ne pas accorder trop d’importance au matériel et aux conditions physiques. On n’est pas obligé d’avoir le meilleur équipement pour y aller et au pire on peut adapter le parcours si besoin. Il n’y a pas de hiérarchie entre les aventures, on peut faire de très belles aventures à sa portée comme en France.

  • En Nov. 2018 tu pars, seul, à la découverte du Pôle Sud, en totale autonomie. C’est à cette occasion que nous avons eu l’occasion de collaborer, en créant pour toi la montre Concordia, qui t’accompagnera dans ce périple de 51 jours. Est-ce que tu peux nous dire ce qui t’a poussé à faire cette expédition ?

Il y a peut-être une part de folie dans tout ça mais il y a aussi une grande part de curiosité. J’étais très curieux de faire l’expérience physique de ce continent l’Antarctique qui m’avait fasciné tant d’années. Ma sensibilité d’aventurier m’attirait vers cet endroit-là et je voulais connaître la solitude sur une grande durée.

  • Comment est-ce que tu t’es préparé mentalement et physiquement à cette nouvelle aventure et aux conditions extrêmes qui t’attendaient là bas ? 

La préparation elle est essentielle dans ce type d’aventure. Mes expériences sportives précédentes m’ont formé à partir dans une aventure plus ambitieuse. Il y a aussi une préparation de 2 ans pragmatique, de recherche de partenaires, de communication, de test de matériels, de préparation physique et psychologique.

  • Est-ce qu’il y a eu un moment pendant l’aventure où tu t’es senti en danger, où tu as eu peur pour ta vie ? 

Oui je me suis déjà senti en danger car c’est un environnement très contraignant, l’Antarctique c’est le continent le plus froid et le plus venteux de monde. Il faut être très vigilant, méticuleux et précis dans ses gestes car tout peut dégénérer rapidement. Le moment où je me suis senti le plus en danger c’est quand il y avait des vents violents de 60km/h et que la tante bouge dans tous les sens, c’est une agression permanente et le venet accentue la sensation de froid.

  • Il y a t’il quelque chose que tu as trouvé particulièrement difficile, et à laquelle tu ne t’attendais pas ? Est-ce qu’à un moment tu as pensé abandonner ?

C’est dur de passer 51 jours tout seul avec un objectif. Quand on est tout seul dans un grand désert blanc, qu’il fait jour tout le temps et qu’on est seul face à soi-même et face à cet objectif qui vous dépasse, 51 jours ça peut être long. Mais la difficulté que j’ai pu ressentir c’était rassembler la motivation tous les matins pour remettre mes chaussures de ski, et repartir dans le grand blanc pour 12h de ski. La tentation d’abandon elle était forte mais j’essayais de la surpasser en remettant mon rêve de pôle sud à la surface.

  • Si tu devais refaire cette expédition, il y a des choses que tu ferais différemment ? 

Je suis allé au bout de cette aventure malgré les conditions compliquées, parce que j’étais assez prudent sur la quantité de nourriture que j’ai emmenée, donc je ne changerai pas grand-chose. Mais si c’était à refaire peut-être que je reverrai mon alimentation pour qu’elle soit un peu moins lourde. Lorsque l’on part sans ravitaillement il faut avoir le traineau le plus léger possible et le mien était peut-être un peu trop lourd, 115kg au départ, j’aurais pu faire un peu moins lourd.

  • Tu as sorti un livre en Novembre dernier “Le continent Blanc”, racontant cette expédition. Est-ce que tu peux nous parler de ton procédé d’écriture ? Est-ce que tu as commencé à écrire pendant l’expédition ou l’envie d’écrire est venue après ?

Je pensais déjà écrire un livre car j’en avais écrit déjà un sur une aventure que j’avais faite en 4L avec un ami pour promouvoir le microcrédit. J’avais déjà cette expérience d’écriture et je comptais en écrire un autre, mais cette fois, un récit qui raconte aussi bien mon aventure géographique que mon aventure intérieure. Lorsqu’on passe 51 jours avec soi, il se passe pas mal de choses à l’intérieur de nous et c’est ça que je voulais exprimer et raconter.

  • Écrire un livre peut être un processus assez long et difficile. Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour toi: écrire un livre ou passer 51 jours seul en Antarctique ? 

Je dirais que c’est d’atteindre le pôle sud mais écrire un livre ce n’est pas simple. Il faut s’astreindre à une certaine rigueur et c’est un exercice émotionnel qui peut être compliqué car on replonge au fond de l’aventure, on essaye de se livrer et partager des choses de la manière la plus sincère possible.

  • A travers tes nombreuses aventures, tu as eu l’occasion de découvrir le monde et ses paysages variés. Quelle place à l’écologie dans ta vie et tes expéditions ? Est-ce que ces différents voyages ont changé ton implication dans l’écologie ? 

L’écologie c’est toujours un vrai sujet car je ne suis pas un scientifique ou un spécialiste de l’environnement, et je me vois davantage comme un témoin des changements que j’ai pu voir sur le terrain. Je peux me faire le rapporteur et témoigner de ces changements climatiques mais je ne pourrais jamais remplacer la parole d’un scientifique. Je suis en quelque sorte le lien entre les scientifiques et le grand public. Aujourd’hui, j’essaye de sensibiliser les jeunes générations sur la préservation de l’environnement. J’aimerais bien que mes prochaines aventures puissent porter davantage ce message et soient le porte-voix de tous les bouleversements qu’on connaît.

  • Aujourd’hui tu commences à avoir une notoriété certaine, est-ce qu’il y a un message que tu souhaiterais faire passer aux jeunes générations ou une cause qui te tient particulièrement à cœur et dont tu aimerais parler ?

Je suis sensible aux mutations de l’environnement et à l’adaptation de l’homme face à ces changements. Probablement que j’irai dans cette direction à l’avenir mais il reste plein de choses à dire sur la biodiversité, la faune, mais il y aura aussi très certainement des projets polaires à l’avenir.

  • J’imagine que la situation épidémique actuelle complique un peu les voyages, est ce que tu peux nous parler de tes futurs projets ? As-tu prévu de repartir bientôt “découvrir tes limites” comme le dit ton parrain jean louis Etienne ?

Je vois plus cette situation comme une opportunité. C’est vrai que je ne peux pas aller très loin mais mes projets à court terme vont être plus locaux. Début avril, je vais partir dans les Alpes pour faire un film pour aller documenter la fonte des glaciers alpins. Je vais partir avec une glaciologue et un écrivain voyageur pour faire un itinéraire de ski de randonnée entre Chamonix et Zermatt. Je travaille aussi en tant qu’administrateur dans un fond de dotation pour transformer un vieux bateau en plateforme de sensibilisation au monde polaire. L’idée est d’emmener ce bateau l’année prochaine tout le long de la côte française, de le faire débarquer dans chaque port, et d’accueillir des scolaires pour les sensibiliser à l’Arctique et l’Antarctique. En 2022, l’idée serait d’emmener ce bateau sur la côte Est du Groenland pour faire une expédition scientifique.

 

On espère que cette interview vous a plu et vous aura donné envie de partir à l’aventure ! 

Vous pouvez retrouver le livre “le Continent Blanc” retraçant l’expédition de Matthieu en Antarctique sur son site, matthieutordeur.com ou en librairie. Et pour suivre au quotidien ses aventures, n’hésitez pas à le suivre sur Instagram et Facebook, où il est très présent. 

Nous remercions encore Matthieu d’avoir passé un peu de temps à échanger avec nous et à très bientôt !

Matthieu Tordeur

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